Djoudj National Bird Sanctuary

Country
Senegal
Inscribed in
1981
Criteria
(vii)
(x)
The conservation outlook for this site has been assessed as "significant concern" in the latest assessment cycle. Explore the Conservation Outlook Assessment for the site below. You have the option to access the summary, or the detailed assessment.
Situated in the Senegal River delta, the Djoudj Sanctuary is a wetland of 16,000 ha, comprising a large lake surrounded by streams, ponds and backwaters. It forms a living but fragile sanctuary for some 1.5 million birds, such as the white pelican, the purple heron, the African spoonbill, the great egret and the cormorant. © UNESCO
© Peter Howard

Résumé

2025 Conservation Outlook

Finalised on
11 Oct 2025
Préoccupation élevée
Les valeurs esthétiques prises en compte pour l'inscription sur la liste du patrimoine mondial sont encore présentes dans le site. Une partie de la biodiversité et des valeurs écologiques est partiellement dégradée, mais les valeurs essentielles (paysages de zones humides, paysages sahéliens, habitats et oiseaux) n'ont pas été sévèrement endommagées. Il y a un programme de décompte mensuel des oiseaux en général et des flamants nains en particulier, les résultats donnent une indication sur la taille des populations. Il faut retrouver l'équilibre du site en contrôlant les espèces végétales envahissantes qui ont profité du déséquilibre hydrologique créée par la construction du barrage de Diama et de l’arrivée des eaux en provenance des rizières, chargées de fertilisants chimiques. La sédimentation doit aussi être suivie de près, faire l’objet de mesures, de simulations et, dans la mesure des moyens financiers disponibles, de premières mesures correctives. Enfin, les activités humaines dans le site (pâturage, braconnage de poissons) et à l'extérieur (usage de fertilisants chimiques) constituent des risques forts pour les valeurs du site, nécessitant une réponse de gestion urgente. La mise en œuvre du plan de gestion (2017-2021) a permis de réduire les risques à court terme mais l’effort devra être poursuivi au cours du prochain plan de gestion (2022-2027). La coopération transfrontalière dans le cadre de la Réserve de Biosphère du Delta du Sénégal pourrait jouer un rôle important dans la conservation de l'ensemble des valeurs du delta.

Current state and trend of VALUES

High Concern
Les valeurs esthétiques (combinaison de zones humides et de milieux sahéliens) prises en compte pour l'inscription sur la liste du patrimoine mondial sont encore présentes dans le site. On note toutefois des altérations liées au développement de la végétation envahissante (typhas) et à des travaux qui n’ont aucune raison d’être dans un parc national (passage d’une ligne électrique, projet de route du riz), qui viennent ternir l’image du site et diminuent sa qualité paysagère. Une partie de la biodiversité et des valeurs écologiques est partiellement modifiée (développement de la végétation aquatique en raison de l’adoucissement des eaux, régression de la végétation terrestre en raison de la salinisation des sols), mais les valeurs essentielles (oiseaux) n'ont pas été endommagées et globalement les effectifs des espèces principales, donnant au bien sa valeur, sont relativement stables ou les variations ne sont pas liées à des causes locales. Les efforts entrepris depuis plusieurs années demandent toutefois à être confirmés par des résultats de suivis scientifiques autres que ceux relatifs aux oiseaux et à la flore qui commence à être mieux appréhendée. La question des espèces végétales envahissantes demande une attention particulière et une évaluation de l'évolution. Enfin, l'impact de l'ensablement des plans d’eau et des pollutions par fertilisants chimiques issus de l’agriculture à la périphérie du bien, nécessite une évaluation complète et la prise urgente de mesures correctives supplémentaires à celles mises en œuvre depuis 2020 et destinées à protéger le bien de son environnement.

Overall THREATS

High Threat
Le site reste confronté à plusieurs menaces majeures, notamment la pollution des effluents agricoles, l’expansion agricole, la prolifération d’espèces envahissantes et l’ensablement des plans d’eau. Depuis la construction du barrage de Diama, la gestion du régime hydrologique est un enjeu crucial, car l’adoucissement des eaux a favorisé la prolifération de plantes invasives, renforcée par l’arrivée des eaux en provenance des rizières, chargées de fertilisants chimiques. Des efforts de restauration ont été menés (curage des canaux, élimination de la végétation flottante), et un nouveau plan de gestion des espèces envahissantes est en cours. Toutefois, ces actions doivent être complétées par des mesures d’atténuation des impacts agricoles, notamment via la finalisation d’un canal de drainage et la mise en place d’un suivi des polluants. La sédimentation rapide menace le Grand Lac, essentiel pour les oiseaux migrateurs, qui pourrait être en partie comblé d’ici 50 ans. Par ailleurs, la pêche, activité centrale dans les villages du parc, pourrait entrer en conflit avec l’avifaune piscivore à long terme, bien que les zones d’activité soient encore distinctes. Le projet de route du riz, traversant la digue entre le PC et l’embarcadère, représente une menace potentielle sérieuse, facilitant l’accès des véhicules et augmentant les risques de braconnage, de dérangement et de pollution. Enfin, les impacts du changement climatique, tant sur les écosystèmes que sur les populations locales, doivent être étudiés afin de mettre en place des stratégies d’adaptation efficaces.

Overall PROTECTION and MANAGEMENT

Some Concern
Le site a subi une grave crise qui l'a conduit sur la Liste de Montreux de la Convention Ramsar (1993) et sur la Liste du Patrimoine Mondial en Danger (2000). En 2006 le site a été retiré de la Liste du Patrimoine en péril (Comité du patrimoine mondial, 2006). Un plan de gestion a été validé pour la période 2022-2026. Grâce à l’appui du Luxembourg et de la FAO, par le biais de OMPO, plus de 50 % des opérations prévues dans le plan de gestion 2022-2026 ont été réalisées. Toutefois la protection et la gestion du site demandent encore à être nettement améliorées pour lui permettre d'assurer la conservation de ses valeurs : formation des personnels, renforcement des financement durable, gestion de la zone tampon, suivi précis des espèces, financement hors frais de personnel, utilisation des travaux de suivi et de recherche dans la gestion.

Full assessment

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Description of values

Combinaison de paysages sahéliens avec les zones humides constituées par le delta du fleuve Sénégal

Criterion
(vii)
Par sa situation géographique, le Parc National des Oiseaux du Djoudj (PNOD) est plus qu’un havre de paix pour les oiseaux migrateurs du Paléarctique. Il représente un Oasis dans le désert constitué d’une chaine de lacs, marigots, gués et bancs de sables. Il constitue la première étape de la migration après la traversée du Sahara pour les espèces d’oiseaux paléarctiques et afrotropicales. Dans le Delta du fleuve du Sénégal, le PNOD est une zone humide de 16.000ha comprenant un écosystème qui accueille plus d’un million et demi d’oiseaux migrateurs de 365 espèces dont plus de 120 espèces de migrateurs paléarctiques ainsi que d’importantes populations de crocodiles du nil (Etat Partie du Sénégal, 1981; Comité du patrimoine mondial, 2015).

La végétation et la flore du Parc National des Oiseaux du Djoudj sont caractérisées par la diversité des écosystèmes (aquatiques, semi – aquatiques, terrestres). La flore du PNOD est relativement diversifiée et compte 133 espèces réparties en 99 genres et 42 familles (TREEMAC, 2023). Elle est constituée pour plus de la moitié par des espèces annuelles (Poaceae, Amaranthaceae, Convolvulaceae, Aizoaceae etc) mais également par une importante proportion d'espèces pérennes herbacées et ligneuses (Cyperaceae, Mimosaceae etc.) qui forment pendant la saison des pluies comme en saison sèche un important tapis herbacé qui donne au parc sa physionomie. En raison de la diversité des milieux à répartition largement intertropicale, cette flore est caractérisée par une forte présence d'espèces pantropicales, asiatiques, africaines et cosmopolites (TREEMAC, 2023).

Cet ensemble est un des rares de cette surface qui soit encore conservé dans le delta du fleuve Sénégal. Il s’agit donc un véritable écosystème de type sahélien, relique de ce que devait être le delta avant les aménagements hydro-agricoles.

Un des sanctuaires majeurs de l'Afrique de l'Ouest pour l'avifaune migratrice paléarctique

Criterion
(x)
Le Parc National des Oiseaux du Djoudj (PNOD) a été principalement établi comme zone importante pour les oiseaux, accueillant, selon les années, environ 303 000 oiseaux d’eau en janvier (minimum 133 000, maximum 568 000, base de données DPN/OMPO/ONCFS), pour un total d’une centaine d’espèces entre 1989 et 2017. Le bien constitue un sanctuaire vital pour la nidification des espèces telles que le pélican blanc (Pelecanus onocrotalus), le héron pourpré (Ardea purpurea), la spatule d’Afrique (Platalea alba), la grande aigrette (Casmerodius albus), le héron bihoreau (Nycticorax nycticorax) et le cormoran à poitrine blanche (Phalacrocorax lucidus) (Comité du patrimoine mondial, 2015). S’y ajoute un effectif indéterminé de passereaux divers, dont des hirondelles de rivage (Riparia riparia), permettant de considérer que le site accueille chaque mois de janvier entre 1 et 1,5 million d’oiseaux, ce qui vaut au PNOD d’être considéré comme un des sanctuaires principaux de l'Afrique occidentale pour des migrants paléarctiques. Au total, 357 espèces ou sous-espèces ont été vues au moins une fois sur le site au cours des 40 dernières années, originaires d’Afrique, d’Europe mais également d’Asie et d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud. Le PNOD et ses abords immédiats est le site d’hivernage principal, le seul connu, pour le Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola), considéré comme le passereau nicheur en Europe le plus menacé au plan mondial. Le site est également fréquenté par le Flamant nain Phoeniconaias minor dont la population d’Afrique de l’ouest fréquente le seul bas delta du fleuve Sénégal (rives droite et gauche) (Gueye et al., 2017).
Peuplement de poissons exceptionnel
L’ichtyofaune est représentée par 92 espèces pour 26 familles. Les familles les plus abondantes sont les Cichlidae (14 espèces dont Oreschromis niloticus, Tilipia guineensis), les Characidae (12 espèces dont Hydrocynus spp.), les Bagridae (neuf espèces dont Bagrus spp.), puis les Cyprinidae (Labeo spp.), les Clariidae (Clarias spp.), les Mochokidae (Hemisynodontis membranaceus, Synodontis spp.), les Cyprinodontidae (Aplocheilichthys normani).
La richesse ichtyofaunique du PNOD et sa périphérie se mesure au rapport entre le nombre d’espèces et la superficie des plans d’eau : 92 espèces pour une surface aquatique de 380 km2 contre 116 espèces et 89 espèces pour respectivement l’estuaire du Saloum (29 700 km²) et le fleuve Gambie (77 100 km²) (Gueye et al., 2017)
Diversité de mammifères
Il y a une grande diversité de mammimèferws au PNOD. Des gazelles ont été réintroduites dans le Parc en 1972 (7 gazelles dorcas de la Mauritanie, 3 gazelles dorcas du Parc Zoologique de Hann et 4 gazelles rufifrons du zoo de la Présidence) et en 1979 (2 gazelles rufifrons du Maroc). Elles ont été relâchées dans le secteur de Tiguet (sud-ouest du Parc) où elles se sont reproduites. Mais avec la mise en service du barrage de Diama et la submersion permanente de leur aire écologique (secteur Tiguet) par les eaux du fleuve Sénégal, elles semblent avoir déserté la zone. Les gazelles dorcas, d’observation courante jusqu’en 1985, sont devenues rares. Il est noté des observations sporadiques de gazelles à front roux et dorcas dans le secteur de Gainth et du Grand Lac. Les singes rouges (Erythrocebus patas) ou patas circulent en bandes dans différents secteurs du Parc. La taille de la population et le nombre de bandes reste à ce jour indéterminés.
D'autres espèces comme la mangouste à queue blanche (Ichneumia albicauda), le chacal doré (Canis aureus), le caracal (Caracal caracal), la mangouste ichneumon (Herpestes ichneumon), le porc-épic (Hystrix cristata) et la chouette effraie (Tyto alba) sont également présentes dans le parc (IUCN Consultation, 2025). Le mammifère le plus visible est le Phacochère (Phacochoerus africanus). Certains individus sont accoutumés à la présence humaine et vivent à sa proximité immédiate.

Assessment information

High Threat
Le site continue à être affecté par plusieurs menaces, en particulier la pollution des effluents agricoles, l’expansion de l’industrie agricole, la prolifération d’espèces envahissantes et l’ensablement des plans d’eau. La gestion du régime hydrologique reste une préoccupation depuis la construction du barrage de Diama, car il est nécessaire de rétablir l'équilibre du site en contrôlant les espèces envahissantes qui ont proliféré à la suite de l’adoucissement des eaux. En outre, l’introduction et la prolifération des espèces envahissantes sont favorisées par l’arrivée des eaux en provenance des rizières, chargées de fertilisants chimiques. Des opérations de restauration ont été menées, notamment le curage des canaux et l'élimination de la végétation flottante. Le développement d’un nouveau plan de gestion des plantes envahissantes et le futur comité de veille sur l’intégrité de la zone tampon du bien constituent également un progrès encourageant. Néanmoins, la lutte biologique doit être couplée avec la mise en place de mesures d'atténuation des impacts liés aux industries agricoles adjacentes. La finalisation de la construction d’un canal destiné à déverser et piéger les eaux usées issues des rizières est essentielle, tout comme le développement d’un mécanisme de suivi des métaux lourds et autres polluants, ainsi que d’un plan de dépollution des eaux. La sédimentation des plans d’eau doit également être surveillée : le rythme actuel laisse penser que, d’ici 30 ans, le Grand Lac, essentiel pour l’hivernage des anatidés, sera en partie comblé. Le PNOD perdrait alors une grande partie de son intérêt pour différentes espèces migratrices. Enfin, la pêche et le pâturage illégaux restent une menace pour la VUE du bien et nécessitent la mise en place de mesures visant à réduire la pression exercée sur le parc.
Water-borne & other effluent Pollution
(Ejet des effluent agricoles (pesticides et engrais))
High Threat
Inside site
, Widespread(15-50%)
Outside site
L’utilisation de produits chimiques dans les champs rizicoles périphériques au parc génère une pollution des eaux d’autant plus importante que des rizières sont installées à la périphérie du parc et dans la zone tampon (partie sud). Le trop plein des rizières situées au nord et à l’est du parc est déversé directement dans celui-ci. Une étude menée de 2019 à 2020 (Diankha et al., 2022) a montré que les sédiments du parc sont contaminés par les pesticides utilisés dans le traitement des casiers rizicoles installés dans ses environs, avec une dominance des pesticides organochlorés, substances hautement toxiques persistantes, malgré l’interdiction de leur utilisation pour des traitements phytosanitaires. En outre, l’étude a détecté la présence de métaux lourds non essentiels au métabolisme biologique, notamment le cadmium, le mercure et le plomb dans les sédiments du PNOD. La création d'un canal et d’une digue de protection en 2020 permettra de juguler cette pollution. Le canal de 36 km, financé par le Grand Duché de Luxembourg et en construction en collaboration avec OMPO, sera utilisé pour déverser et piéger les eaux usées des rizières (Etat Partie du Sénégal, 2022). Cependant, la construction du canal reste à être finaliser, car il est bloqué à 2 km de l'émissaire du Delta en attendant l'autorisation des autorités et en raison d'un manque de financement. La finalisation du canal est maintenant inscrite dans le cadre du Projet LIFE IP GrassBirdHabitats en collaboration avec l’association NCD et l’Université de Gaston Berger (Etat Partie du Sénégal, 2025). On a noté aussi l’inexistence d’un mécanisme de suivi des métaux lourds et autres polluants, ainsi que d’un plan de dépollution des eaux comme recommandé par le Comité (IUCN, 2022).
Invasive Non-Native/ Alien Species
(Plantes aquatiques envahissantes)
Invasive/problematic species
Salvinia molesta
Pistia stratiotes
Phragmites australis
Ludwigia erecta
Typha domingensis
Other invasive species names
Tamarix senegalensis
High Threat
Inside site
, Widespread(15-50%)
Outside site
Les modifications du fonctionnement des écosystèmes liées au barrage de Diama, ainsi que l’intensification de la riziculture à proximité du bien et des rejets d’effluents agricoles à l’intérieur du Bien, ont favorisé la prolifération des espèces envahissantes, comme Salvinia molesta, Pistia stratiotes, Typha australis, Tamarix senegalensis et Phragmites australis et autres espèces se développant sur les plans d’eau (Triplet et al., 2020). Pour faire face à cette menace un nouveau plan de gestion (2025-2029) des plantes envahissantes a été élaboré (Kane et al., 2025) conformément au recommandations de l’UNESCO dans sa décision 46 COM 7B.58. Des opérations de lutte contres les plantes envahissantes sont prévus pour l’année 2025 et s’appuieront sur le nouveau plan de gestion des plantes envahissantes élaboré (IUCN Consultation, 2025). Ci-dessous, des informations supplémentaires sur les espèces envahissantes spécifiques et plusieurs efforts menés, au-delà du plan de gestion, sont listées.

Le PNOD a fait l’objet d’une prolifération importante de Pistia stratoites qui a été contrée par une gestion bien alternée entre eau douce et eau saumâtre avant l’introduction de charançons spécialisés. Il existe désormais un équilibre entre la plante invasive et son agent de contrôle. La conjugaison de celui-ci avec des niveaux appropriés et un assèchement presque complet du site permet d’éviter de trop fortes proliférations.
La prolifération de Typha domingensis diminue la vitesse d’écoulement des eaux et empêche le passage des embarcations. Typha domingensis est également en partie responsable de la perte des possibilités d’accueil des oiseaux d’eau sur le Lac du Lamantin et de la sous-utilisation par les oiseaux de la zone du Diar, située entre la digue et le fleuve Sénégal, et représentant près de 25% de la surface totale du bien (UICN, 2022).
Salvinia molesta a été aux portes du parc mais le système de fermeture mis en place a permis d’empêcher son entrée. L’introduction de charançons spécialisés a permis de résorber le risque en périphérie. L’espèce est cependant présente dans le canal du Crocodile où aucun charançon n’a été lâché.

Des équipes ont été déployées pour nettoyer manuellement certains plans d'eau, ainsi que le secteur de Gainth colonisé par l'espèce invasive Tamarix senegalensis (Etat Partie du Sénégal, 2024). Des opérations de restauration ont été menées pour contrôler les espèces envahissantes à travers le curage des canaux et l'élimination de la végétation flottante dans les marigots et les lacs (Etat Partie du Sénégal, 2022). Une superficie de 40 hectares de Typha australis a été dessouchée et 30 km de canaux nettoyés. Toutefois, on a constaté la prolifération très inquiétante d’une autre espèce envahissante Ludwigia erecta qui occupe de façon préoccupante toutes les aires dégagées, notamment dans le marigot du Djoudj, autour du nichoir des pélicans blancs (UICN, 2022).

L’invasion des marigots par les différentes espèces végétales contribue à la perturbation des équilibres écologiques (Etat Partie du Sénégal, 2020). En outre, la pression des végétaux aquatiques envahissantes entraine la régression de l’habitat du Nénuphar (Nymphaea lotus), dont les graines constituent l’une des principales nourritures pour les canards pilets et autres oiseaux (UICN, 2022). Ceratophyllum demersum et Najas marina sont des macrophytes aquatiques proliférant dans la vallée du fleuve Sénégal. Ceratophyllum demersum est présente dans le canal de crocodile et dans le marigot du Djoudj alors que Najas marina est retrouvée dans le Grand Lac et dans le marigot du Khar. Les deux espèces présentent les mêmes nuisances : l’altération de la qualité de l’eau, formation d’herbiers denses sur l’eau (eutrophisation et envasement), diminution de la vitesse d’écoulement de l’eau et mauvaise odeur de l’eau par suite de la prolifération des plantes (Gueye et al., 2017).
Dams & Water Management/Use
(Le barrage de Diama sur le Sénégal)
Low Threat
Outside site
Après la mise en fonction du barrage de Diama en 1986, situé en aval du Parc, l’équilibre hydrologique du bien a été fortement perturbé. Ceci s’est traduit par la prolifération de plantes aquatiques envahissantes, l’amplitude réduite des niveaux d'eau, la diminution et/ou la disparition de certaines colonies d´oiseaux (UICN, 2022). Les réponses mises en œuvre ont permis d’améliorer la situation, grâce à un remplissage contrôlé des plans d’eau, permettant leur assèchement d’avril à juillet, mais le site reste dépendant d’une gestion artificielle des eaux. Il nécessite de faire rentrer l’eau, à des périodes et pendant des durées déterminées, afin de contenir le développement de la végétation aquatique. Pour la zone du Diar, une réserve naturelle communautaire, qui englobe l'habitat critique du Phragmite aquatique et sanitaire et incluant le site de reproduction de la Grue couronnée, est toujours en projet de création au Nord-Ouest du Parc de Djoudj avec la gestion responsable des populations par un comité intervillageois (IUCN Consultation, 2020).
Terrestrial Animal Farming, Ranching & Herding
(Pâturage à l’intérieur du site)
Low Threat
Inside site
, Scattered(5-15%)
L’élevage dans le Moyen Delta, autour du PNOD, concerne 3 000 bovins et autant de petits ruminants (Gueye et al., 2017). Le pâturage s’est intensifié en raison de l’extension des rizières en périphérie qui ne permettent plus l’utilisation de la terre par les troupeaux (Etat Partie du Sénégal, 2020). Le pâturage en fin de saison (avril à juillet) n’affecte que la faune locale (risque notamment pour les outardes). Pratiqué tôt dans les zones à Sporobolus, il peut interférer sur l’hivernage du Phragmite aquatique. Il semble par contre important pour le maintien des habitats de cette espèce. Dans la zone de Tiguet, utilisée comme pâturage pour le bétail, la densité des Phragmites aquatiques est élevée par rapport à celle dans les autres habitats de la zone d’inondation. Le pâturage est interdit par le règlement mais une tolérance est accordée en fin de saison quand les ressources viennent à manquer à l’extérieur du parc. Lors de la mission UICN en 2022, cependant, quelques bœufs ont été aperçus en plein marigot du Djoudj, à quelques mètres du principal nichoir des pélicans (UICN, 2022). Quoique son impact est faible en raison de l’absence de grands herbivores sauvages, dans un contexte de grippe aviaire, la présence de ces animaux, toujours en contact avec l’Homme, doit être strictement interdite dans cet espace.
Earth & Sediment Management
(Ensablement des plans d’eau du site)
Very High Threat
Inside site
, Widespread(15-50%)
Outside site
Pendant les crues, les eaux du fleuve apportent des éléments en suspension et contribuent à la sédimentation. Les vents de sable apportent également chaque année de grandes quantités de matériaux dans les lacs et marigots. Ainsi, depuis quelques années, il est constaté un ensablement important du grand Lac, du lac du Lamantin, des marigots du Thiéguel et de Khar et du canal du Crocodile causant ainsi une perte de superficie assez significative de plans d’eau libre (UICN, 2022). Ainsi, le lac du Lamantin est désormais moins utilisable par les canards, perdant de ce fait ses importantes fonctions qu’il a toujours remplies pour ces espèces. Pour illustrer l’ensablement, l’échelle limnimétrique (installée en 2003) située au niveau du Grand Lac est ensevelie à près de 50 cm au-dessus de son niveau 0 en 2016, soit une sédimentation d’environ 3,5 cm par an (Gueye et al., 2017). Il était par conséquent nécessaire d'envisager très rapidement le curage des marigots et des lacs afin que le Djoudj conserve ses fonctions d'accueil de l'avifaune aquatique. A ce rythme de sédimentation, le grand Lac aura perdu sa fonction de reposoir pour les anatidés dans moins de 30 ans. Des travaux financés par le Luxembourg en 2023 ont permis de dégager le canal du Crocodile qui alimente ce lac et d’améliorer son remplissage (Triplet et al., 2023). Une nouvelle opération de curage, sur 10 km, concernera le Thieguel en 2025 (pers. comm.).
Pathogens
(Grippe aviaire)
Low Threat
Inside site
, Localised(<5%)
Outside site
Suite à une déclaration de cas de mortalité de pélicans blancs juvéniles par le Conservateur du PNOD le 14 janvier 2021, l’État Partie a alerté le Centre du patrimoine mondial, le 23 janvier 2021 sur un possible foyer d’Influenza Aviaire Hautement Pathogène (IAHP). Les résultats des analyses de laboratoire ont confirmé le foyer (UICN, 2022).
Ainsi, l’Etat Partie a initié une réponse coordonnée au niveau régional pour circonscrire l’épizootie. Depuis 2022, le comité régional One Health est mis en place pour accompagner les initiatives de prise en charge des plans de riposte en cas de zoonose. A la période de la mission UICN en 2022, le taux de mortalité des pélicans était statistiquement faible. Il a été relevé une baisse de la propagation de la maladie associée à une baisse significative de la morbidité périodique. Pour l'année 2023, aucun foyer n'a été constaté dans le bien (Etat Partie du Sénégal, 2025). Une étude analytique de l'impact de la grippe aviaire sur la VUE du parc est prévue en 2025 (Etat Partie du Sénégal, 2025).
Annual & Perennial Non-Timber Crops
(Avancée du front agricole)
High Threat
Inside site
, Widespread(15-50%)
Outside site
La vocation affichée par les politiques du delta du fleuve Sénégal est de contribuer à l’auto-suffisance en matière de production de riz, ce qui conduit à toujours plus modifier les paysages et le fonctionnement hydraulique, avec des conséquences encore non évaluées pour la biodiversité. La prolifération de projets agricoles et agro-industriels dans la zone tampon du Bien, entraînant une pollution des eaux du bien et une nouvelle prolifération de diverses espèces invasives (Etat Partie du Sénégal, 2021; Comité du Patrimoine mondiale, 2024). Pour y remédier, l'Etat partie a redéfini et établi les limites du bien et de sa zone tampon, a expulsé des agriculteurs de la zone tampon, et a exigé systématiquement de toute entreprise souhaitant s'installer à la périphérie du bien qu'elle soumette une étude d'impact environnemental et social (ESIA) ou une évaluation environnementale stratégique (EES) conforme aux normes internationales (Etat Partie du Sénégal, 2022, 2024). Par ailleurs, afin d’éviter une réinstallation anarchique des casiers vacants avec la fermeture de la Compagnie Agricole de Saint-Louis (CASL), une surveillance accrue est mise en œuvre dans la zone tampon du bien (Etat Partie du Sénégal, 2025) et le projet de la digue ceinture a également pour objectif de limiter l’avancée du front agricole ainsi que leur impact sur le bien.
High Threat
Le projet de route du riz, qui devrait emprunter la digue reliant le PC à l’embarcadère, représente une menace potentielle très sérieuse. Cette route offrirait un accès facile et permanent aux véhicules, augmentant ainsi les risques de braconnage, de dérangement de la faune et de pollution. La pêche est l’une des principales activités dans les villages du parc, ce qui pourrait, à long terme, engendrer une compétition avec les oiseaux, dont la plupart se nourrissent de poissons. La pêche se pratique essentiellement sur le fleuve Sénégal et dans ses zones d’inondation, tandis que les oiseaux piscivores, en particulier les pélicans blancs, recherchent leur nourriture dans des plans d’eau peu profonds situés dans le Parc National. Cette distinction tend, pour le moment, à séparer l’activité économique des prédateurs de poissons. Enfin, les effets du changement climatique sur le Bien, susceptibles d’impacter non seulement le paysage mais aussi les moyens de subsistance des populations locales, doivent être étudiés afin de développer et mettre en œuvre des mesures d’atténuation et d’adaptation.
Fishing, Harvesting & Controlling Aquatic Species
(Pêche)
Low Threat
Inside site
, Scattered(5-15%)
Outside site
La pêche est l’une des activités principales des villages périphériques du parc, ce qui pourrait causer à long terme une compétition avec les oiseaux dont la plupart se nourrissent de poissons. Il y a une tolérance de pêche pour les populations dans la partie Ouest du parc (Diar) - partie perdue par le parc à cause du barrage mais qui améliore les relations entre le parc et les populations (IUCN Consultation, 2020). Néanmoins, cette menace parait s'intensifier récemment et près de 800kg de poissons pêchés illégalement ont été saisis en 2018 (Etat Partie du Sénégal, 2020).
Roads, Trails & Railroads
(Construction de la route de la boucle du riz)
Very High Threat
Inside site
, Scattered(5-15%)
EN 2022, la mission UICN a été informée qu'en août 2022, l'État partie a validé l'ESIA du projet de réhabilitation/construction de la « route de la boucle du riz », financé par la Banque africaine de développement (UICN, 2022). Ce projet est très préoccupant, car la route traverserait le bien sur environ 10 km et, selon l'ESIA, aurait un impact négatif sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. La route permettra un accès facile et à toute heure de véhicules, avec les risques de braconnage, de dérangement et de pollution. La Comité du Patrimoine mondiale a recommandé de réviser l'ESIA pour évaluer spécifiquement les impacts potentiels sur la VUE du bien et de soumettre l'ESIA révisée au Centre du patrimoine mondial pour examen par l'UICN, avant d'approuver ce projet (Comité du Patrimoine Mondiale, 2023, 2024). Un Plan d’Action pour la Biodiversité a été élaboré et budgétisé afin de garantir la préservation de la VUE lors de la réhabilitation de la piste et des négociations sont en cours entre l’Etat partie et maitre d’ouvrage pour la prise en charge les mesures prévues dans ce plan (Etat Partie du Sénégal, 2025) mais il est inquiétant de constater que l'Etat partie n'a toujours pas soumis l'ESIA.
Annual & Perennial Non-Timber Crops
(Faillite de la Compagnie Agricole de St Louis)
Very Low Threat
Inside site
, Extent of threat not known
Outside site
Il existe une menace potentielle liée à l'empiètement incontrôlé après la faillite de la Compagnie Agricole de St Louis (Financial Afrik, 2021), la plus importante unité agro-industrielle de la zone. Un suivi attentif est nécessaire afin d'éviter une réinstallation incontrôlée dans les zones qui pourraient être laissées vacantes par la fermeture de la Compagnie Agricole de Saint-Louis (CASL) (Comité du Patrimoine Mondiale 2023, 2024 ; Etat Partie du Sénégal, 2025). Afin de prendre en charge cette problématique, l’Etat partie prépare la mise en place d’un comité de veille en charge de l’intégrité de la zone tampon du bien conformément aux recommandations du centre du patrimoine mondiale. Ce comité, dont sa composition, ses missions et son mode de fonctionnement sont déjà rédigés dans les termes de référence, sera bientôt installé au plus tard en juillet 2025 avec un calendrier bien défini pour les missions de contrôle de la zone tampon (Etat Partie du Sénégal, 2025).
Changes in Physical & Chemical Regimes, Changes in Temperature Regimes, Changes in Precipitation & Hydrological Regime
(Changement climatique)
Data Deficient
Inside site
, Extent of threat not known
Outside site
Les effets du changements climatiques se manifestent essentiellement par une modification des paysages dans la partie centre et sud, se traduisant par une mortalité importante de ligneux (Salvadora persica, Tamarix senegalensis) entre le marigot du Khar et le lac Tantale mais également aux abords du lac Khar. Elle s’explique par une remontée très importante de sel due à l’effet combiné de l’augmentation de la température et la diminution des précipitations (Diagne et al., 2021). En outre, une étude réalisée par l’UICN-PAPACO dans le cadre du programme Africa Nature 2011-2013 a mis en exergue que les ressources d’existence les plus prisées par les communautés de Diadiam III (poissons et nénuphar) subissent l’impact des aléas climatiques de la zone (Diagne et al., 2021). Ces ressources constituent également l’alimentation préférée de la plupart des oiseaux du PNOD .
Ces phénomènes sont jusqu’à présent faiblement étudiés et il devient urgent de mettre en place des mesures d’atténuation et de mitigation afin de restaurer ces habitats dégradés. Il serait également important d’inscrire dans les thématiques prioritaires de recherche la question de l’impact des changements climatiques sur le fonctionnement écologique, les ressources biologiques et les paysages du parc (Diagne et al., 2021).
Involvement of stakeholders and rightsholders, including indigenous peoples and local communities, in decision-making processes
Mostly Effective
La démarche de gestion du PNOD, centrée au début de sa création essentiellement sur la protection, a progressivement évolué pour accorder une place importante à une approche participative grâce notamment à la stratégie d’implication des populations riveraines, initiée par la Direction des Parcs Nationaux au début des années 1990. L’association des volontaires-écogardes comprend une trentaine de membres issus de huit villages périphériques qui constituent un personnel d’appui pour la réalisation des objectifs de gestion. Un Comité Inter-villageois (CIV) regroupant les 7 villages sur les 8 que compte la périphérie immédiate du parc a également été créé dans les années 90 pour constituer un cadre de dialogue entre les gestionnaires et les populations en vue d’atténuer les conflits et d’impliquer les populations davantage dans la gestion du parc. Les écogardes issues des villages périphériques ont mis en place une association dénommé AVECOD. L’AVECOD est l’organe qui travaille directement avec le Conservateur du Parc et rend compte au CIV à travers des bilans annuels. Elle bénéficie des retombées économiques du parc à travers l’exploitation touristique du plan d’eau (balades en pirogue), la vente d’objets d’art (boutique artisanale communautaire) et la gestion d’un campement touristique (Ndiagabar). Les écogardes participent aux travaux d’aménagement et de suivi écologique du parc (Etat Partie su Sénégal, 2020) et en contrepartie tirent profit de celui-ci à travers les services de guidage et la vente d’objets de promotion, d’autant que l’accompagnement des visiteurs par un écoguide local est obligatoire. Les accords avec les éleveurs locaux permettent au bétail de pâturer en fin de saison sèche, ce qui est à la fois bénéfique pour les écosystèmes du parc et pour la perception que les éleveurs ont du parc. Ceci vise à ce qu’ils rentrent le moins possible dans le parc en dehors des périodes autorisées. Il reste cependant des conflits à résoudre avec des éleveurs ne respectant pas le calendrier des possibilités d’entrée du bétail, ce qui conduit à des mesures répressives. Il y a par ailleurs des échanges réguliers avec les acteurs publics ou privés de la zone périphérique de l'aire protégée, et des partenariats sont mis en place, qui se traduisent par des aides diverses, venant compléter les moyens fournis par l’Etat. La réactivation d’un unique comité de gestion, regroupant tous les acteurs institutionnels ou locaux concernés par la gestion, bien que prévu, n’a pas encore était faite (Etat Partie du Sénégal, 2025). Il existe aussi d’autres institutions qui peuvent et doivent occuper une place plus importante dans la gestion du Parc, en particulier: le groupement des femmes, l’Association des Jeunes de la Périphérie du Djoudj, le comité de gestion de conflits, et le conseil local de la pêche.
Legal framework
Some Concern
Le PNOD fait l’objet d’une réglementation stricte de protection intégrale. Il a été créé par le décret n°71-411 du 14 avril 1971. Le Parc National est essentiellement régi au niveau national par deux textes de loi : le Code de la Chasse et de la Protection de la Faune et le Code Forestier. En plus de ces deux instruments juridiques, le Parc dispose d’un règlement intérieur dont l’article 5 stipule que les activités agricoles, pastorales, forestières, la récolte ou la cueillette de tous les produits sont formellement interdits. Néanmoins, le règlement intérieur, rédigé en 1971, devrait être prochainement revu pour tenir compte des nouvelles situations et du contexte social environnant.
25 % environ de la surface du parc, situés entre la digue et le fleuve, sont recouverts de typhas et non fonctionnels pour la conservation. Il y a une proposition en cours pour la compensation de la perte de la zone de Diar par une réserve naturelle communautaire au Nord-Ouest du parc (IUCN Consultation, 2020). Le fait que 22,6% (1423 ha) de la surface de la zone tampon soient cultivés en riz, en violation des textes réglementaires, indique que le cadre légal est insuffisant. Une meilleure signalétique directionnelle permettrait d’éviter le hors-piste, interdit, et qui est pratiqué par des visiteurs non informés et peu sensibilisés.
Governance arrangements
Serious Concern
Le PNOD est un domaine classé de l’Etat situé sur le territoire de la Commune de Diama. Institutionnellement, le Parc dépend de la Direction des parcs nationaux (DPN), elle-même ayant pour ministère de tutelle, le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique (METE) (UICN, 2022). Plusieurs structures étatiques ou non interviennent à différents niveaux dans le paysage du bien. Par exemple, les ouvrages de drainage (canaux et digues) sont du ressort de l’OMVS et de la SAED. Ainsi, comme il est mentionné dans le PAG (2022-2026), la mise en eau annuelle du parc est garantie par les règlements avec l’OMVS et le réseau de drainage des eaux polluées est géré par la SAED (Diagne et al., 2021). Le PAG dresse un inventaire assez exhaustif des parties prenantes impliquées dans la gestion du bien, sans toutefois, proposer un cadre permanent et régulier de concertation entre tous ces acteurs. L’absence d’un tel cadre de concertation pourrait être à l’origine de la persistance de certains facteurs menaçant l’intégrité du bien.
Il a existé par le passé un Comité de gestion composé de trois organes (comité d’orientation, comité scientifique, comité de gestion). Ce Comité n’a pas fonctionné régulièrement du fait d’un manque de budget de fonctionnement disponible pour mobiliser tous les membres mais aussi du fait de la lourdeur de certains organes tels que le comité d’orientation (Diagne et al., 2021). La réactivation du Comité, allégé en termes de composition et de fonctionnement, permettrait à tous les partenaires d’être informés au même moment sur les problèmes spécifiques du PNOD et de proposer des solutions concertées. Selon l'Etat partie, le comité sera réactivé, mais aucune information sur le calendrier n'a été fournie (Etat Partie du Sénégal, 2025).
Integration into local, regional and national planning systems (including sea/landscape connectivity)
Highly Effective
Le PNOD est un des éléments moteurs de la réserve de biosphère du delta du fleuve Sénégal. De nombreuses activités (formation des agents, notamment) sont organisées par le parc. La traduction en actes du plan de gestion concourt également à renforcer les efforts consentis par l’État pour le maintien de sa valeur universelle exceptionnelle qui a déterminé son inscription sur la liste des sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO. En outre, le plan de gestion se veut être une contribution aux efforts du Gouvernement du Sénégal pour la mise en œuvre de la Convention sur la Diversité Biologique, notamment les buts stratégiques B, D et E des objectifs d’Aichi (2011-2020). Au niveau national, le plan de gestion participe à l’atteinte des objectifs du Plan Sénégal Emergent (PSE) notamment à la composante Environnement et Développement durable de l’Axe 2 : « Capital humain, Protection sociale, Développement durable ». Enfin il entre en droite ligne des orientations stratégiques de la Lettre de Politique Sectorielle de l’Environnement et du Développement durable Ressources Naturelles (LPSEDD 2016-2021), notamment en son Programme 2 : « Conservation de la biodiversité et gestion des aires protégées ». La coopération transfrontalière dans le cadre de la Réserve de Biosphère du Delta du Sénégal ne semble pas assez très active alors qu’elle permettrait de développer des partenariats pouvant permettre de renforcer les moyens de gérer le bien sur du long terme (Triplet et al., 2021).
Boundaries
Mostly Effective
Les limites du site sont connues et matérialisées par des bornes visibles et dont l'emplacement est bien connu des communautés locales. Deux zones de chasse (sur les 3 existantes) sont considérées comme empiétant sur la zone tampon (UICN/PAPACO, 2009) (Sénégal/DPN, 2010). L’implantation de rizières dans la zone tampon est un élément important à prendre en compte, probablement désormais plus en accompagnant la culture afin qu’elle soit la moins impactante possible plutôt qu’en l’interdisant et en récupérant les rizières abandonnées pour les remettre en eau. La matérialisation physique des limites du parc (zone tampon incluse), a été effectuée avec l’implication de toutes les parties prenantes (populations, amodiataires de zones de chasse, conseil rural, etc.) avec comme finalité la protection de l’intégrité du parc (Etat Partie du Sénégal, 2022). La création d'une digue autour d'une partie du bien pour limiter les intrants liés à la riziculture permet de matérialiser ses limites (Etat Partie du Sénégal, 2020). Cependant il semble que des intrusions se produisent encore dans les zones les plus difficiles d’accès, ce qui va nécessiter un effort complémentaire (pers. comm).
Overlapping international designations
Data Deficient
En complément de son statut de site du patrimoine mondial, le PNOD est inscrit depuis le 11 juillet 1977 sur la Liste des Zones Humides d’Importance Internationale (Convention de Ramsar). Enfin, depuis 2005, il constitue l’un des noyaux sénégalais de la Réserve de Biosphère Transfrontalière du Delta du fleuve Sénégal que partagent la Mauritanie et le Sénégal. La traduction en actes du plan de gestion concourt également à renforcer les efforts consentis par l’État pour le maintien de sa valeur universelle exceptionnelle qui a déterminé son inscription sur la liste des sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Bien que le gestionnaire du site du patrimoine mondial ait été signalé comme communiquant régulièrement avec le ou les points focaux pour la désignation Ramsar, aucun contact n'a été indiqué avec les points focaux du programme MAB (État Partie du Sénégal, 2021). Aucune autre information n'est disponible sur le niveau de coordination entre les désignations.
Implementation of World Heritage Committee decisions and recommendations
Mostly Effective
Les décisions et recommandations du Comité sont respectées et l’ensemble du personnel a conscience de travailler sur un bien du patrimoine mondial. A ce titre, un financement de l’Unesco à travers les fonds norvégiens, a permis de prendre en compte un ensemble de recommandations relative à la décision 46 COM 7B.58.
Climate action
Some Concern
Le plan d’aménagement 2022-2026 (Diagne et al., 2021) a souligné les interrelations fortes existant entre les ressources du Parc national des oiseaux du Djoudj, les changements climatiques et les communautés à la périphérie. Le plan prévoit des efforts importants pour accroître le niveau d’éveil de conscience des populations à la conservation et à l’utilisation durable des ressources naturelles, à la valeur des biens et services écosystémiques et aux changements climatiques (Objectif Opérationnel F). Toutefois, mesures d’atténuation et de mitigation au changement climatique n’ont pas été développées. Il serait également important d’inscrire dans les thématiques prioritaires de recherche la question de l’impact des changements climatiques sur le fonctionnement écologique, les ressources biologiques et les paysages du parc.
Management plan and overall management system
Mostly Effective
Un nouveau plan d’aménagement 2022-2026 (Diagne et al., 2021) a été élaboré et est en cours d’exécution. Ce plan d'aménagement et de gestion (PAG) vise à apporter des solutions aux problèmes urgents qui menacent l’intégrité et le fonctionnement du parc à moyen et long terme et donc sa fonction de conservation de la biodiversité, à travers notamment : i) une meilleure connectivité des cours d’eau ; ii) l’adressage des problèmes liés à la salinisation croissante des sols ; iii) le contrôle de la dégradation des habitats ; la réhabilitation des infrastructures de surveillance, d’accueil, d’observation et de valorisation du parc ; et iv) une meilleure intégration du parc dans son environnement socio-économique. Toutefois, au regard de la particularité du PNOD et de la persistance de certains facteurs affectant l’intégrité du bien, il importe qu’un plan de gestion du PNOD renforce (actions et budgets) les secteurs prioritaires suivants : i) la gestion des eaux, ii) la gestion des risques de catastrophe, iii) les plantes envahissantes et iv) le suivi écologique. Il importe également que le bien dispose, dans les plus brefs délais d’une stratégie écotouristique et d’un plan d’affaire (UICN, 2022). Un plan de gestion des plantes aquatiques envahissantes du PNOD a été élaboré selon une approche intégrée et participative pour la période 2025-2029 (Kane et al., 2025). Il est appliqué par le conservateur et son équipe. Le système de gouvernance est transparent, placé sous l’autorité du conservateur du site qui consulte les différents acteurs locaux et les implique dans les opérations de gestion. Un comité de gestion doit être mis en place pour permettre d’aider le conservateur à appliquer le plan de gestion. Un comité scientifique pourra également être mis en place en fonction des dossiers à traiter afin de donner un avis scientifique au comité de gestion.
Law enforcement
Some Concern
Un système de surveillance est mis en place par les gestionnaires du parc. Étant donné qu’ils sont des agents paramilitaires, ils organisent régulièrement des patrouilles et des embuscades pour parer à toute intrusion dans le parc (TREEMAC, 2023). Les activités de surveillance sont menées par les gardes du bien et les écovolontaires (Etat Partie du Sénégal, 2020). Le règlement intérieur, découlant du décret, est appliqué dans la mesure des moyens du personnel et devrait être renouvelé prochainement. Il y a une faiblesse des moyens logistiques (voitures et bateaux). Il y a deux véhicules pour le commandement du parc et de la station biologique et, malgré une embarcation offerte par OMPO, trop peu de bateaux pour les patrouilles fluviales pour lutter contre la pêche, les divagations et la collecte non autorisée des graines de nénuphars à des moments inopportuns (IUCN Consultation, 2020 ; pers. comm.). Les agents dans les postes extérieurs au poste de commandement n’ont pas de moyens de locomotion et doivent essentiellement compter sur leurs téléphones portables pour communiquer avec leur hiérarchie. Les patrouilles se font soit en véhicule, soit en bateau, mais demeurent bruyantes et seules les traques silencieuses aux abords des zones utilisées par les braconniers permettent d’intercepter ces derniers. Les personnes en infraction doivent payer une amende. Le matériel des pêcheurs braconniers est saisi et détruit (Etat Partie du Sénégal, 2020). Il est impératif qu'ils aient des moyens nautiques et équestres pour être plus opérationnels.
Sustainable finance
Serious Concern
Le site fonctionne essentiellement avec un budget annuel alloué par l'Etat (Etat Partie du Sénégal, 2025). Pour l’année 2021 les crédits de fonctionnement alloués au PNOD par l’Etat Partie s’élèvent à 13.437.000 francs CFA. Ce budget est loin d’être sécurisé pour couvrir toutes les activités de fonctionnement du parc (UICN, 2022). Ces dernières années, l’essentiel du budget provenait essentiellement de financements extérieurs. Toutefois cette situation n’est pas viable au long terme. Le site manque des moyens suffisants pour entreprendre les travaux nécessaires, et prévus au plan de gestion, qui permettront d’améliorer son fonctionnement, bien que le Luxembourg ait apporté, pour l’application du plan de gestion actuel, 1,2 million d’euros (pers. comm.). Un des objectifs du plan de gestion est de valoriser durablement l'espace et les ressources en renforçant entre autres les capacités d'autofinancement du parc par la promotion du partenariat public/privé dans la concession de l’exploitation touristique du PNOD.
Staff capacity, training and development
Serious Concern
Le PNOD est géré par une unité de la DPN basée au sein du Parc. En 2022, l’effectif était de 26 agents dont 23 fonctionnaires, deux contractuels et un Agent de sécurité de proximité. Cette équipe technique est appuyée par 35 écogardes issus des sept villages périphériques du parc. Cet effectif permet tant bien que mal de réaliser les activités planifiées. Sur la base des évaluations réalisées par l’équipe de gestion du bien pour renforcer le personnel, la mission UICN de 2022 a recommandé de renforcer l’équipe de gestion avec une dizaine d’agents supplémentaires formés et équipés et d’envisager des mécanismes innovants pour le financement durable du bien (IUCN, 2022). En outre, des changements très fréquents sont enregistrés dans l’équipe de gestion. Un conservateur ne reste pas plus de trois ans et le personnel est trop régulièrement renouvelé pour connaître parfaitement le site. De ce fait, il existe peu d’agents ayant la formation nécessaire pour l’acquisition de connaissances et pour mettre en œuvre des opérations de gestion. Il est nécessaire de stabiliser une équipe plus nombreuse et leur fournir la formation, la motivation et les moyens nécessaires pour les missions de surveillance, de suivi et de sensibilisation.
Education and interpretation programmes
Some Concern
Il y a un programme d'éducation et de sensibilisation, qui a été développé grâce à l'appui des projets en cours mais les résultats ne sont pas perceptibles (UICN/PAPACO, 2009). Des séances de sensibilisation au niveau des villages périphériques et la presse constituent les principaux canaux de communication du PNOD en collaboration avec les écogardes (TREEMAC, 2023). Le corps d’éco-gardes villageois volontaires est aussi chargés de faire l’éducation environnementale. En 2019, de nombreux villages périphériques et les écoliers ont notamment été sensibilisés à la valeur biologique du PNOD et aux enjeux de conservation (Etat Partie du Sénégal, 2020). Par ailleurs, des actions de sensibilisation sont menées auprès des populations locales sur les risques liés à la grippe aviaire et les mesures de prévention à adopter (Etat Partie du Sénégal, 2025). Les villages satellites concernés sont : Diadiam 3 ; Débi et Tiguet. Le renforcement des capacités techniques et communicationnelles des agents, des écoguides et des piroguiers constitue une priorité. En outre des fiches d’éducation environnementales ont été conçues sur différents thématiques (Réserve de Biosphère, Oiseaux migrateur, Parc national des oiseaux du Djoudj : site du patrimoine mondial etc.) afin de renforcer la sensibilisation autours de la périphérie du bien. Les enseignants des écoles périphériques seront bientôt formés à cet effet.
Tourism and visitation management
Some Concern
D’environ 12 000 visiteurs au début des années 2010, la fréquentation est passée au-dessous de 5000 visiteurs depuis 2015, en majeure partie en raison de la crainte liée au terrorisme dans la grande région sahélienne, alors qu’aucun incident n’est à déplorer au niveau de la région de Saint-Louis. Il n’existe pas de plan de valorisation touristique du site et la stratégie touristique à développer est définie dans le plan de gestion du site. La gestion actuelle du tourisme ne pose pas de problème en raison de la faible fréquentation et des excursions essentiellement centrées sur le nichoir des pélicans. La nécessaire relance passera par une évaluation des impacts de chaque activité et de chaque voie de passage des visiteurs. Si des moyens sont disponibles pour créer la maison du parc, cela résoudra également les problèmes liés à l’accueil (manque de sanitaires, manque de zones d’attente…), ce qui ne contribue pas à donner une image entièrement satisfaisante du site.
Sustainable use
Some Concern
Le seul document traitant des recettes engendrées par les activités de découverte des oiseaux est le rapport de Ly et al. (2006) sur les apports financiers des visiteurs au parc. Il manque à celui-ci un bilan exhaustif de la valeur monétaire qu’il représente au plan local et régional. Le plan de gestion prévoit l’ouverture de circuits de découverte nouveaux. Il sera nécessaire d’évaluer leur impact potentiel avant de les ouvrir aux visiteurs.
Monitoring
Mostly Effective
L'information disponible sur les habitats sensibles, les espèces ou les valeurs culturelles de l'aire protégée, qui est indispensable à la planification et à la prise de décision, est en cours de développement. Un dispositif de suivi écologique et de surveillance est mis en place et est opérationnel, néanmoins il est basé sur un dispositif par bateau, véhicule et pédestre avec un comptage direct pour la faune et l’avifaune (des oiseaux en colonies, mammifères). Le suivi des habitats et des espèces envahissantes se fait globalement de manière empirique par constat direct et sur la base des résultats scientifiques en partenariat avec les institutions de formation et de recherche (TREEMAC, 2023). L’actualisation du plan de gestion 2022-2026 montre que le suivi des oiseaux est correct (une opération de dénombrement par mois, avec un dénombrement exhaustif en janvier). Le suivi de la flore a fortement progressé, comme l’atteste la synthèse des connaissances dans le plan de gestion. Des données ont récemment été récoltées sur la qualité de l'eau et sur la distribution des espèces envahissantes (Etat Partie du Sénégal, 2020). La liste des espèces de poissons est pratiquement complète. De nombreuses données ont été collectées sur les mammifères mais il demeure des incertitudes sur la présence des gazelles et sur quelques espèces nocturnes. Le suivi des reptiles et des batraciens est sommaire et des progrès sont encore à faire. Peu de données ont été acquises sur les autres groupes. L’utilisation du drone ou UAV (Unmanned Aerial Vehicle) permettrait d’améliorer de manière significative le rendement dans la gestion en termes d’acquisition de données pour la surveillance et le suivi écologique (TREEMAC, 2023). La création d’une base de données est également nécessaire.
Research
Some Concern
La Station de Recherche Biologique dispose d’un programme, d’un budget et d’un personnel distincts des autorités de gestion du PNOD. Elle ne dispose plus de laboratoire, ni de centre de documentation, et à ce stade elle accueille principalement des étudiants, mais le prix de la pension est généralement trop élevé pour un séjour de longue durée. Pour une meilleure valorisation de la station, il importe que l’État partie nomme un directeur présentant les qualifications requises pour diriger une telle structure et que la station (budget et fonctionnement) dépende effectivement du Conservateur du PNOD, seul responsable de l’état de conservation du bien (UICN, 2022). Toutefois, l’État partie envisage la destruction de ces locaux en raison de l’impossibilité de la rénovation et des coûts associés (UICN, 2022). Les principaux travaux portent sur les oiseaux, mais également, grâce à l’appui de l’université de Saint-Louis, sur la végétation, notamment aquatique, en vue de trouver les meilleures mesures de gestion possible. Un programme de travail fondé sur un partenariat avec des universités (en particulier celle de Saint-Louis) est à mettre en place afin d’améliorer les connaissances et de remplir les indicateurs de réussite des opérations programmées dans le plan de gestion. Cela pourrait être l’occasion de relancer le fonctionnement de la station biologique sur des bases plus solides. Ceci permettrait de donner une image plus dynamique de la Station biologique. Le Djoudj a été victime d'un incendie qui a brulé l'ensemble du matériel optique (jumelles, téléscopes, trépieds, appareil photo...) et des livres d'identification des oiseaux. Un appui a été apporté par le projet RESSOURCE et OMPO pour acquérir du matériel optique mais un effort supplémentaire reste à faire.
Effectiveness of management system and governance in addressing threats outside the site
Some Concern
Une parte importante des problèmes et des risques concernant la conservation du site provient de sa périphérie (barrage, usage de fertilisants pour l'agriculture). La question de la gestion de la zone tampon du site est donc fondamentale et il est nécessaire de veiller à l’arrêt des empiétements liés au développement de la riziculture. Des efforts ont été menés pour résoudre ces difficultés, par exemple la démarcation des limites de la zone tampon. Toutefois, l’absence d’un cadre de concertation entre tous les acteurs intervenant dans la gouvernance du site, semblent être à l’origine de la persistance de certains facteurs menaçant l’intégrité du bien, en particulier l'intrusion de bétail, la pollution agricole et empiétements liés au développement de la riziculture. Outre les aspects actuels, il est également nécessaire de mettre en place une veille sur le fleuve qui pourrait apporter d’autres espèces invasives pouvant amener un nouveau risque pour le PNOD et de manière générale pour le delta. La coopération transfrontalière dans le cadre de la Réserve de Biosphère du Delta du Sénégal se renforce et permet de développer des partenariats pouvant apporter les moyens de gérer le bien sur du long terme (Triplet et al., 2021).
Effectiveness of management system and governance in addressing threats inside the site
Mostly Effective
Le nouveau plan de gestion a été validé. La participation des populations y est effective et la méthodologie METT a été utilisée pour l’évaluation de la gestion préalablement à la validation du plan de gestion. L'outil d’évaluation R-METT sera utilisé en fin de période de cinq ans afin de mesurer la portée de l’application du plan. Toutefois, le système de gestion est limité par des sérieux contraintes financières et humaines. La protection et la gestion du site demandent encore à être nettement améliorées pour permettre d'assurer la conservation de ses valeurs : formation des personnels, gestion de la zone tampon, suivi précis des espèces, financement hors frais de personnel, utilisation des travaux de suivi et de recherche dans la gestion, coopération transfrontalière. Les infrastructures (logement, bureaux, station biologique, pistes, ouvrages) existent mais sont vétustes et leur entretien n'est pas adéquat (UICN, 2022).
Le site a subi une grave crise qui l'a conduit sur la Liste de Montreux de la Convention Ramsar (1993) et sur la Liste du Patrimoine Mondial en Danger (2000). En 2006 le site a été retiré de la Liste du Patrimoine en péril (Comité du patrimoine mondial, 2006). Un plan de gestion a été validé pour la période 2022-2026. Grâce à l’appui du Luxembourg et de la FAO, par le biais de OMPO, plus de 50 % des opérations prévues dans le plan de gestion 2022-2026 ont été réalisées. Toutefois la protection et la gestion du site demandent encore à être nettement améliorées pour lui permettre d'assurer la conservation de ses valeurs : formation des personnels, renforcement des financement durable, gestion de la zone tampon, suivi précis des espèces, financement hors frais de personnel, utilisation des travaux de suivi et de recherche dans la gestion.
Good practice examples
Il faut souligner les étroites et excellentes relations mises en place entre le conservateur et les villageois à qui sont confiées les travaux de coupe de la végétation, notamment des tamaris. Ce travail manuel pourrait être conduit avec des machines mais il est préféré le confier aux villageois qui sont ainsi rémunérés et peuvent récupérer le bois. Des réunions de concertation et de sensibilisation ont été organisées les mois d'avril et de mai 2020 pour appliquer les limites officielles du parc et de sa zone tampon (issu du décret 75-1222 du 10 décembre 1975). Le bornage du parc est fait avec les populations riveraines.
En outre, les communautés locales bénéficient d'une priorité pour l'organisation des balades touristiques, leur permettant ainsi de générer des revenus substantiels. Ces initiatives sont accompagnées d'un soutien actif de la Direction des Parcs nationaux, qui a collaboré avec les populations afin de les aider à mettre en place leurs propres campements touristiques. Ces infrastructures ne se contentent pas seulement de stimuler l'économie locale, mais elles renforcent également la participation des communautés au développement des communautés vivants à la périphérie du bien.

Combinaison de paysages sahéliens avec les zones humides constituées par le delta du fleuve Sénégal

High Concern
Trend
Stable
Les valeurs esthétiques prises en compte pour l'inscription sur la liste du patrimoine mondial (critère vii) sont encore présentes dans le site. Il s'agit essentiellement de zones humides et de paysages désertiques de type sahélien. Le manque d'informations précises face à une gestion rendue complexe par la présence du barrage de Diama incite toutefois à attendre des éléments précis pour considérer une évolution favorable sur du long terme (Sénégal/DPN, 2010, UNESCO, 2011). Le suivi régulier permettra de vérifier et d’alerter si la situation venait à se dégrader. Des prélèvements de matériaux et l’installation d’une ligne électrique sont deux éléments qui n’auraient pas dû être permis dans le bien car ils contribuent à altérer son aspect paysager. Le projet de route du riz qui va traverser le PNOD constitue une menace majeure.

Un des sanctuaires majeurs de l'Afrique de l'Ouest pour l'avifaune migratrice paléarctique

High Concern
Trend
Stable
L’autre critère ayant value son inscription sur la liste du patrimoine mondiale est le critère x. Le djoudj représente près de 67% de l’effectif des oiseaux d’eau dénombré le 15 janvier 2025 (Etat Partie du Sénégal, 2025). Cependant une partie de la biodiversité et des valeurs écologiques est partiellement dégradée (Etat Partie du Sénégal, 2020), mais les valeurs essentielles (habitats et oiseaux) n'ont pas été sévèrement endommagées. Il y a un programme de décompte mensuel de tous les oiseaux d’eau du bien; les résultats peuvent donner une indication sur la taille des populations (IUCN Consultation, 2020). Une bonne partie du site est occupée par une plante aquatique envahissante (Typha domingensis). Les mesures préconisées par les plans d'actions passés et actuel (2022-2026) sont mises en œuvre et leur mise en œuvre semble avoir seulement stabilisé la situation (UNESCO, 2011, UICN/PAPACO, 2009, UICN, 2022). L’atterrissement du site risque de conduire le bien à une situation critique dans moins de trois décennies si aucune mesure n’est mise en œuvre rapidement (Gueye et al., 2017).
Assessment of the current state and trend of World Heritage values
Stable
Les valeurs esthétiques (combinaison de zones humides et de milieux sahéliens) prises en compte pour l'inscription sur la liste du patrimoine mondial sont encore présentes dans le site. On note toutefois des altérations liées au développement de la végétation envahissante (typhas) et à des travaux qui n’ont aucune raison d’être dans un parc national (passage d’une ligne électrique, projet de route du riz), qui viennent ternir l’image du site et diminuent sa qualité paysagère. Une partie de la biodiversité et des valeurs écologiques est partiellement modifiée (développement de la végétation aquatique en raison de l’adoucissement des eaux, régression de la végétation terrestre en raison de la salinisation des sols), mais les valeurs essentielles (oiseaux) n'ont pas été endommagées et globalement les effectifs des espèces principales, donnant au bien sa valeur, sont relativement stables ou les variations ne sont pas liées à des causes locales. Les efforts entrepris depuis plusieurs années demandent toutefois à être confirmés par des résultats de suivis scientifiques autres que ceux relatifs aux oiseaux et à la flore qui commence à être mieux appréhendée. La question des espèces végétales envahissantes demande une attention particulière et une évaluation de l'évolution. Enfin, l'impact de l'ensablement des plans d’eau et des pollutions par fertilisants chimiques issus de l’agriculture à la périphérie du bien, nécessite une évaluation complète et la prise urgente de mesures correctives supplémentaires à celles mises en œuvre depuis 2020 et destinées à protéger le bien de son environnement.
Assessment of the current state and trend of other important biodiversity values
High Concern
Improving
Une meilleure connaissance des espèces les plus rares (Phragmite aquatique, Flamant nain, Loup africain) est nécessaire afin de prendre les mesures appropriées, non seulement dans le bien, mais également dans sa périphérie où la création d’aires du patrimoine communautaire permettrait de garantir la sauvegarde de cibles de la biodiversité que le seul bien ne peut garantir.

Additional information

Outdoor recreation and tourism
L'écoguidage et la balade sur le marigot sont assurés par les communautés locales (GIE des écogardes du Djoudj et l’Hostellerie du Djoudj). L’hébergement dans le campement villageois ou à l’hôtel du Djoudj permettent également le maintien d’emplois locaux et génèrent des bénéfices dont profitent les populations locales.
Factors negatively affecting provision of this benefit
Climate change
Impact level - Low
Trend - Increasing
Pollution
Impact level - High
Trend - Increasing
Overexploitation
Impact level - Low
Trend - Increasing
Invasive species
Impact level - High
Trend - Increasing
Habitat change
Impact level - Moderate
Trend - Increasing
Les changements d’habitats en périphérie jouent un rôle sur la perception qu’ont les visiteurs du delta, mais des excursions de découverte des rizières peuvent permettre de diversifier les activités des écoguides. La pollution augmente la végétation envahissante avec le risque d’entrave à la circulation des pirogues. Lors des proliférations de Salade d’eau, il peut être difficile d’aller jusqu’au nichoir des pélicans, ce qui peut constituer un manque à gagner pour les initiateurs de promenades, si le développement des plantes envahissantes empêche la circulation des embarcations sur les marigots.
Importance for research,
Contribution to education
Les populations locales ont acquis une formation sur les espèces d'oiseaux, sur la flore et le fonctionnement des écosystèmes. 
Le site est une destination touristique bien connue. Les bénéfices pour le parc (droits) comme pour la population locale (guidage, chasse, hébergement) ne sont pas négligeables. Les infrastructures sont à revoir notamment dans leur implantation afin de perturber le moins possible la faune tout en permettant une vision optimale (les miradors actuels sont trop exposés ce qui fait fuir les oiseaux à chaque visite). Une stratégie de communication et une modernisation des structures et infrastructures sont à mettre en œuvre, en application du plan de gestion. Une formation des personnels chargés de l’accueil et de l’encadrement des visites est indispensable de même que doit être mise en place une véritable stratégie de relance de l’accueil touristique afin de tirer du bien les avantages les plus élevés possibles pour les populations locales.
Organisation Brief description of Active Projects Website
1 FFEM/PNUD Projet "Gestion Communautaire pour la Conservation des Aires Protégées (COMPACT) (conservation de la biodiversité du Parc National des Oiseaux de Djoudj par une gestion communautaire de ses ressources)
2 FAO/OMPO Renforcement de l’expertise au sud du Sahara sur les oiseaux et leur utilisation rationnelle en faveur des communautés et de leur environnement.
https://www.fao.org/in-action/swm-programme/where-we-work/sahelian-wetlands/en
3 OMPO, Grand Duché de Luxembourg/Ministère de l'Environnement, du Climat et du Développement Durable Mise en œuvre des opérations de gestion hydraulique prévues dans le plan de gestion 2022-2026 sous maîtrise d’œuvre OMPO
4 Interreg, EU Réseau euro-africain d´espaces naturels pour promouvoir l´amélioration des connaissances, la valorisation et la gestion de la biodiversité et des écosystèmes. Le projet vise à contribuer à la sensibilisation de la population et à l’amélioration de la connaissance publique, en matière de conservation et de protection de l’environnement, ainsi qu’à favoriser la mise en oeuvre conjointe pour l’amélioration des mécanismes de gestion des espaces naturels distingués que représente le réseau TREEMAC.
https://www.treemac.com/index.php
5 Unesco / Fonds norvégien Projet de renforcement de la Conservation et de l’amélioration des conditions dans les Parcs nationaux du Djoudj et du Niokolo Koba

Références

Références
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3
Comité du patrimoine mondiale (2024). Décision 46COM 7B.58 - Djoudj National Bird Sanctuary (Senegal) (N 25). [en ligne] World Heritage Committee, New Delhi, India. En: WHC/24/46.COM/17. Disponible sur : https://whc.unesco.org/en/decisions/8584 [Consulté le 23 avril 2025]
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Diagne C., Gueye A. B., Gueye I., Sylla S. I., Cissoko M. H., Triplet P. (2021). Plan d’aménagement et de gestion du Parc National des Oiseaux du Djoudj (2022-2026). [en ligne] Direction des Parcs Nationaux. 215 pages. Disponible sur: https://whc.unesco.org/document/219214 [Consulté le 16 mai 2025]
5
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6
Etat Partie du Sénégal (2020). Rapport de l'Etat partie sur l'état de conservation (rapport d'étape) : Parc National des Oiseaux de Djoudj (Sénégal). [en ligne] Disponible sur : https://whc.unesco.org/document/180871 [Consulté le 23 avril 2025]
7
Etat Partie du Sénégal (2021). Rapport Périodique Cycle 3, Section II : Parc National des Oiseaux de Djoudj (Sénégal). [en ligne] Disponible sur : https://whc.unesco.org/document/215972 [Consulté le 23 avril 2025]
8
Etat Partie du Sénégal (2022). Rapport de l'Etat partie sur l'état de conservation: Parc National des Oiseaux de Djoudj (Sénégal). [en ligne] Disponible sur : https://whc.unesco.org/document/192028 [Consulté le 23 avril 2025]
9
Etat Partie du Sénégal (2024). Rapport de l'Etat partie sur l'état de conservation: Parc National des Oiseaux de Djoudj (Sénégal). [en ligne] Disponible sur : https://whc.unesco.org/document/205562 [Consulté le 23 avril 2025]
10
Etat Partie du Sénégal (2025). Rapport de l'Etat partie sur l'état de conservation (rapport d'étape) : Parc National des Oiseaux de Djoudj (Sénégal). [en ligne] Disponible sur : https://whc.unesco.org/document/219215 [Consulté le 23 avril 2025]
11
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23
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24
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Indigenous Heritage values

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